Lexique

Algorithme

Méthode de calcul itérative précisant les données utilisées et les règles applicables dans le cadre d’une séquence logique. Dans le cadre darwinien, on appelle “ algorithme évolutionnaire ” la logique réputée aveugle consistant, pour la nature, à se déployer en une infinité de variantes qu’elle reproduit grâce à une mémoire codée consubstantielle, tandis que les pressions sélectives exercées par l’environnement confèrent, au fil des générations, un avantage cumulatif aux variantes qui répondent le mieux au problème local. Les “ algorithmes génétiques ” sont des méthodes de résolution de problèmes complexes imitant, grâce à des générations d’agents logiciels simples, la façon de s’adapter au milieu des créatures vivantes.

Arbitrage

Sélection opérée par un code culturel entre différentes solutions s’offrant à l’individu. Exemple : le rôle de l’éducation dans le choix de nos vêtements ou de l’éthique dans celui de notre alimentation. Voir aussi Sélecteur.

Archimème

Code détenant un pouvoir d’arbitrage sur la plupart des autres codes du même univers. Principe fondateur capable d’influencer a priori les choix structurants. Par exemple, la nécessité de rester en l’air sans tomber est un des archimèmes de l’aéronautique. Le fait que l’intérêt individuel prime sur l’intérêt collectif est un des archimèmes du capitalisme libéral. Voir aussi Paradigme et Ultradominant.

Attracteur

Forme plus ou moins stable émergeant d’un substrat très diversifié ou très mouvant. En mathématiques, un attracteur est un chemin fixe par lequel ne cessent de repasser, dans un certain espace de représentation, les trajectoires d’un mobile. Les cognitivistes emploient ce terme pour décrire la force de captation exercée par un contenu symbolique reconnu aux dépens de contenus cognitifs très variés, dont la forme est peu ou moins définie. À un niveau plus macroscopique, un concept attracteur a pour effet de détourner l’attention sur lui-même au détriment de formulations voisines, légèrement différentes, qui pourraient lui faire concurrence au moment d’occuper l’espace de la réflexion ou de la communication.

Bande passante sociale

L’expression “ bande passante ” (en toute rigueur : limites haute et basse dans le domaine fréquentiel de la capacité de transmission d’un canal) est devenue une expression courante chez les fournisseurs d’accès Internet pour décrire la capacité de transmission simultanée d’un grand nombre de signaux. Par analogie, j’appelle “ bande passante sociale ” la capacité à communiquer et interagir que présente un groupe de personnes réunies pendant un temps donné.

Coadaptation

Processus de coopération dans lequel le mème A entraîne des effets qui modifient l’environnement pour favoriser l’expression du mème B, et réciproquement. Si l’on prend l’exemple des commerces qui se développent dans les gares et les aéroports, A serait “ prendre l’avion ”, et B “ acheter un petit cadeau pour sa famille ”.

Code (mémétique)

Information connaissable, explicite ou implicite, qui gouverne la partie reproductible de la culture. Exemples : une loi, une figure symbolique, la signification d’un geste, la règle d’un jeu, un principe d’organisation, un critère de décision, une description d’un objet suffisante pour le reconnaître. Le langage tout entier repose sur un code.

Coévolution

Lorsqu’on parle de “ coévolution géne-mème ”, il peut s’agir de facteurs culturels qui exercent une influence sur la transmission des gènes, comme le mariage avec une personne de même origine, les codes culturels de l’adoption ou du célibat. Réciproquement, à l’échelle d’une vie d’homme, il peut s’agir de caractéristiques héritées de l’évolution génétique et exerçant une influence structurante sur notre culture, comme notre capacité innée à utiliser une grammaire ou encore le besoin de nous couvrir la tête par temps froid.

Co-mème

Un mème qui a évolué dans une relation symbiotique avec d'autres mèmes pour former un mème-complexe. Appelé aussi un symmeme. (GMG)

Fitness

Qualité de ce qui est bien adapté (fit). Ce terme est utilisé en théorie de l’évolution pour évaluer la performance des variantes. La fitness biologique associe des notions de protection contre les prédateurs, d’abondance de la progéniture et de correspondance entre le régime alimentaire et les ressources du milieu.

Flux

Extension de la notion physique de flux, qui renvoie à un écoulement, à une quantité mesurable de quelque chose qui traverse une frontière virtuelle. Dans le domaine culturel, comme en sociologie ou en économie, on parlera de flux de personnes, d’argent, d’événements, d’informations. Une série d’actes similaires, comme l’achat d’un même produit par de nombreux clients, constitue un flux. Le flux peut être l’analogue mémétique d’une population. Voir aussi Instance et Solution.

Instance

Ce qui a effectivement lieu en un temps et pour un système social donnés. L’instance est vécue, perçue hic et nunc. Elle ne se produit qu’une fois et n’existe que pour ceux qui y prennent part. Si le code est la règle d’un jeu, l’instance est cette partie unique jouée maintenant par des joueurs précis. L’instanciation consiste à passer de la règle abstraite à un moment de vie concret. Voir aussi Solution.

Matrice de partage

Groupe de personnes amenées à vivre ensemble une solution instanciée. La solution ne peut avoir lieu que si des codes sont présents sous une forme ou une autre (texte, explication, objets, habitude partagée, mémoire) et si un potentiel ou un désir suffisants de l’instanciation sont accumulés. Exemple : dans une manifestation, un militant propose un chant à base de slogans sur un air connu et les manifestants le reprennent au bout de quelques minutes d’apprentissage. C’est dans la matrice de partage que les systèmes pondent !

Mème (Dictionnaire d'Oxford)

Elément d’une culture susceptible d’être transmis par des moyens non génétiques, notamment l’imitation

Mème (Aunger)

Un neuromème est une configuration dans un noeud d'un réseau neuronal (composé d'un ou plusieurs neurones) qui est capable d'induire Ia réplication de son état dans un autre noeud. Les mèmes ne sont à chercher ni dans les comportements, ni dans les artefacts, car I'information n'est pas "active" dans I'observé, mais dans le cerveau uniquement car c'est lui seul qui est "motivé" dans Ia reconnaissance d'une forme particulière.

Mème (Baquiast et Jacquemin)

On désigne par le terme de mème, rappelons-le, les contenus sémantiques ou symboles de type langagier circulant, mutant et entrant en compétition darwinienne dans les réseaux constitués par les cerveaux humains et les moyens de communication, traditionnels ou modernes, reliant les hommes entre eux.

Mème (Bloom (Synthése Jouxtel))

Les mêmes sont les principes grâce auxquels toute entité supra humaine se constitue en se distinguant des autres, au besoin par l'agression.

Mème (Blackmore)

Les mèmes ne sont pas des entités magiques on des idées platoniciennes flottantes, mais de I'information logée dans des mémoires humaines spécifiques, des actions et des artefacts. Exemple de Ia soupe: le mème est-il dans le bol, dans Ia recette écrite, dans Ia recette connue, ou dans l'art de préparer ?

Mème (Brodie)

Un mème est une unité d'information contenue dans un esprit et dont l'existence influence les évènements de sorte qu'un nombre plus grand de copies d'elle-même est créé dans d'autres esprits.

Mème (Dawkins)

L'unité de base de l'information culturelle. Un réplicateur dans Ia nouvelle soupe de Ia culture humaine. Comme exemples de mèmes on peut citer les mélodies, les slogans, les modes vestimentaires, les façons de fabriquer des pots ou de construire des arches. Les mèmes se propagent dans le bassin mémétique en sautant de cerveau en cerveau, par le biais d'un processus, qui, en un sens le plus large peut être appelé imitation.

Mème (Dennett)

Un mème est une idée, qui se forme en une unité mémorisable distincte. Ii est propagé extérieurement par des véhicules qui en sont les manifestations physiques (livres, objets, comportements). J'appelle ces nouveaux envahisseurs des rnèmes, et un genre radicalement nouveau d'entité créée Iorsque une sorte particulière d'animal est infestée de mèmes, c'est ce qu'on appelle généralement une personn

Mème (Jouxtel)

Elément de code culturel reconnaissable et reproductible.

Mème (Lynch (synthèse PJ d'après Lynch 96'))

Une idée activement contagieuse est un mème. Exemple du tabou religieux des Amish contre les machines agricoles modernes. Les mèmes selon Lynch sont tous des règles de vie : croyance, interdit, préjugé ou règle de conduite. Exemples des agressions racistes, du port de préservatif ou de la croyance en un dieu unique.

Mème (Lynch 1998)

Un élément mémoriel, ou une portion de I'information neuronale stockée dans Ie cerveau, identifiée en utilisant Ie système d'abstraction de I'observateur, et dont la manifestation (instanciation) découle de façon critique d'une précédente manifestation du mème élément mémoriel chez un on plusieurs porteurs.

Mème (F.T.Cloak repris par Lynch)

Un mème est une instruction mentale auto-réplicative qui oriente le comportement et génère des événements perceptibles.

Mème (Plotkin)

Un mème est I'unité d'hérédité culturelle analogue au gène. Ce sont les représentations internes cachées de Ia connaissance qui combinées à I'influence de I'environnement, produisent un comportement externe et des artefacts, tels des minijupes ou des ponts.

Mème-complexe

Un ensemble de mèmes qui ont évolués dans une relation symbiotique en se portent une mutuelle assistance. Les religions et opinions politiques, les mouvements sociaux, les styles artistiques, les traditions, us et coutumes, les chaînes de lettres, les paradigmes, les langages etc sont des mème-complexes. Ils sont appelés aussi m-plex, ou schème (Hofstadter). Des types de co-mèmes tels que appâts, crochets/accroches, menaces, vaccins, sont fréquemment trouvés dans un schème. Un schème qui a du succès présente généralement certains attributs : Il ouvre de vastes opportunités (un paradigme qui explique plus); il offre la chance au porteur de participer et de contribuer; il présente une vérité auto-démontrable (il porte autorité); il permet l'ordre et l'organisation, Il aide à éviter the la crainte de l'absence de sens. (Wheelis, cité par Hofstadter.)

Mémétique

Etude des mèmes, discipline qui tente d'appliquer les concepts de la théorie de l'évolution à l'étude de la culture humaine. Etymologie : Adapté de l'anglais memetics, formé dans les années 1980 à partir du terme meme (en français mème). Celui-ci fut proposé pour la première fois par Richard Dawkins dans son oeuvre Le gène égoiste (1976), et qui provient du grec ancien mimesis (« imitation »). En français, les deux accents aigus ont été admis par l'usage, par analogie avec le mot génétique. La paronomase avec le mot français même serait intentionnelle.

Meta-mème

Tout mème à propos des mèmes (Ex : "tolérance", "métaphore").

Meta-mème, Le

Le concept de mème pris lui mème comme un mème.

Paradigme

Ce terme très employé en épistémologie fut introduit par Thomas Kuhn dans sa théorie des révolutions scientifiques. Il fut beaucoup utilisé par Edgar Morin et les structuralistes. Le paradigme est le cadre global d’une théorie, à l’intérieur duquel on doit se tenir sous peine de voir les notions perdre leur opérabilité. En mémétique, il correspond à la notion d’archimème et, par analogie avec la génétique, se rapproche du rôle joué par un embranchement dans l’arbre des espèces.

Prégnance

Originellement mesure de la force et de la fréquence d’une organisation psychologique, la prégnance prend valeur d’objet avec René Thom qui en fait, dans sa Sémiophysique, une influence perceptible capable d’investir une forme et d’être ensuite réémise par cette forme. Exemples : la beauté d’une mélodie, le sentiment de peur attaché à la silhouette sombre d’un loup.

Phénotype

En biologie évolutionniste, le phénotype est l’ensemble des propriétés et caractères macroscopiques qui se manifestent au niveau de la créature, par opposition au génotype qui, lui, représente la séquence ADN déterminant chimiquement dans les cellules les phénomènes servant à produire ces propriétés. Le fait de construire des nids ou des terriers fait partie de ce que Dawkins appelle le “ phénotype étendu ”. La sociobiologie animale a montré, notamment chez les insectes dits “ sociaux ”, que des comportements complexes peuvent être inclus dans le phénotype étendu, suscitant de fausses pistes quant à l’interprétation de la culture humaine.

Réplicateur

Système de codage d’information porté par un support capable d’interagir avec son environnement pour produire de nouveaux exemplaires d’un code semblable, doués de la même propriété. L’ADN, grâce au système d’administration biochimique qui l’environne, est un réplicateur. Les cristaux d’argile sont des réplicateurs minéraux. Les virus informatiques ont des propriétés de réplicateurs. Les mèmes sont définis comme des réplicateurs culturels.

Retromème

Un mème qui cherche à s'insérrer dans un mème-complexe (Ex : Le Marxisme-Leninisme essayant de coopter d'autres sociotypes). (GMG)

Rétroscope

Outil virtuel utilisé pour l’observation a posteriori des évolutions. Regarder dans le rétroscope consiste, en se plaçant au niveau des flux élémentaires de reproduction d’une solution, à se demander pourquoi telle variante a réussi plutôt que les autres. Ainsi, sur les chemins d’accès aux plages à travers les bruyères des dunes, celui qui prend un trajet trop long arrivera plus tard, les pieds écorchés, mais s’il compare son expérience avec celle des autres, , le chemin le plus souvent recommandé dessinera petit à petit un sentier. Voir aussi Coévolution.

Schème

Un mème-complexe. (Hofstadter.)

Sélecteur

Dans le domaine culturel, critère de décision intervenant comme contrainte extérieure sur la reproduction ou la survie des solutions. Un sélecteur prend généralement la forme logique “ si c’est ainsi, alors c’est bon ”. L’éducation des enfants consiste à intégrer des sélecteurs dictés par l’environnement culturel. Exemple : “ Ne fais pas cela, c’est sale. ” Voir aussi Arbitrage.

Solution

Équivalent culturel de la créature biologique. Le terme “ solution ” peut correspondre à un individu ou à une espèce, selon que ladite solution est instanciée (la partie de bridge d’hier soir) ou générique (jouer au bridge) et qu’elle offre des possibilités de ramifications (jouer au bridge en famille). Selon la vision du mème que l’on utilise (mème logique, symbolique, pratique ou neuronal), la solution peut être un comportement, une communauté, une technique ou un état mental. Voir aussi Véhicule.

Ultradominant

Mème quasi universellement partagé par toutes les solutions possibles dans une société, au point qu’il n’est jamais remis en question, par exemple le fait qu’un objet puisse “ appartenir ” à une personne. Le je centralisateur est un de ces mèmes ultradominants qui n’offrent plus — en Occident — la moindre chance de survie à de possibles alternatives. Les ultradominants doivent leur suprématie à un feed-back positif par lequel celui qui vit selon l’un d’eux a les moyens d’exister en société tandis que celui qui ne vit pas selon ce mème est socialement marginalisé au point que sa seule existence propage le modèle inverse.

Variante

Une des différentes valeurs que le code et l’instance peuvent prendre, permettant ainsi le fonctionnement de l’algorithme évolutionnaire. Les variantes peuvent porter sur le code (un nombre de joueurs) ou sur la solution instanciée (la durée d’un discours électoral). La variation peut être continue ou discrète.

Véhicule

Ce qui permet au code d’interagir avec l’environnement, de subir des pressions de sélection et, au passage, de se reproduire. Pour le gène, le véhicule peut être un animal ou une plante. L’ensemble des propriétés du véhicule constitue le phénotype. Pour le mème, le véhicule est une solution culturelle instanciée, c’est-à-dire la production, pendant une durée limitée, au niveau d’un système social, d’un vécu reconnaissable. Exemple : une partie de cartes. Voir aussi Solution.

Derniers commentaires

Renaud

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Egalement merci pour cette introduction libre. Que le Grand Mème vous accompagne.